elixir du suedois
Une légende fantaisiste

Les laboratoires qui commercialisent l’Élixir du Suédois s’inspirent tous de la formule de Maria Treben, une herboriste autrichienne réputée dans les années 60, qui prétendait avoir redécouvert la recette indiquée par un médecin suédois nommé Jonathan Samst. En réalité, Maria Treben a été induite en erreur par de faux documents.

Elle raconte dans un livre qu’après la guerre, alors qu’en Bavière elle souffrait du typhus et de botulisme, une femme qu’elle ne connaissait pas lui apporta "une fiole remplie d’un liquide très odorant, avec la copie d’un manuscrit antique où, en 46 points, il était dit comment ces herbes guérissaient chaque maladie".

Cette formule serait venue du fond des âges, à Babylone et en Egypte, où de nombreux récits font allusion à un mystérieux remède capable d’assurer une vie éternelle aux rois et aux prêtres. Un peu plus tard, à Rome, Néron aurait ordonné à Hippocrate de retrouver la recette de ce fameux élixir...

Cette explication, qui ne répond à aucune logique, intriguait Michel Bontemps. Si son origine était égyptienne, babylonienne ou grecque, si sa formule actuelle avait été finalisée en Allemagne, pourquoi ce remède se nommerait-il "Élixir du Suédois" ?

Passée au filtre de l’analyse historique, la formule de Maria Treben se révèle totalement fantaisiste !

La vérité : une formule alchimique

C’est en Suède, grâce au concours du Docteur Mats Ringdahl qui a accepté de lui ouvrir les archives de la bibliothèque de la Faculté Karolinska de Stockholm, que Michel Bontemps a découvert des documents historiques relatant l’histoire du véritable remède.

En réalité, l’Élixir du Suédois fut mis au point pour le Roi Gustav II de Suède. Montant sur le trône en 1611, il demanda à son médecin personnel, le Dr Laurentius Erici, de trouver le moyen qui lui permettrait de n’être jamais fatigué, jamais malade.

Erici était un médecin réputé, enseignant à la Faculté, qui avait écrit l’ouvrage de référence "Radh och läkedom" (Conseils et traitements contre la peste et ses conséquences) édité à Upsala en 1602. Formé à la médecine par les idées de Paracelse, il reprit la grande formule du célèbre alchimiste - la Thériaque - qu’il quantifia et modifia.

Selon les textes alchimiques, la Thériaque se compose de 43 plantes, nombre cabalistique de la perfection :
4 + 3 = 7
Le nombre 7 correspond à un cycle complet, qui a atteint son objectif, et qui englobe toutes les étapes d’un processus : Dieu se repose au 7e jour de la création, le 7e chakra couronne la montée de l’énergie vitale, les voies de l’extase conduisent à la 7e demeure...

Ces 43 plantes ont des fonctions synergiques : "Elles doivent corriger et adoucir l’action d’autres simples aux vertus puissantes ; elles doivent augmenter la vertu de plusieurs autres ; elles doivent unir par le mélange et la maturation l’ensemble des composants afin qu’il n’en résulte qu’un seul ; et enfin elles doivent permettre à la préparation de se conserver longtemps avec toutes ses propriétés".

Aux 43 plantes de la Thériaque de Paracelse, le Dr Erici conseillait d’ajouter les plantes spécifiques selon le problème à traiter. Les plantes devaient être récoltées à des dates précises en fonction de phases lunaires, selon les indications de Johannes Kepler, astrologue à l’Université d’Uppsala.

Le secret d’un grand roi conquérant

Le roi Gustav II faisait fabriquer son Elixir en grande quantité pour les soldats de sa garde d’élite, la superbe Garde Bleue (couleur de leurs yeux et de leur uniforme) réputée invincible.
Ce remède, qu’ils devaient prendre, obligatoirement, matin et soir et appliquer sur leurs blessures, leur aurait donné les forces physiques et mentales nécessaires pour défaire les armées les armées prussiennes, russes, autrichiennes, polonaises, conquérir l’Europe, parvenir au pied de Constantinople et envisager la conquête de l’Empire Ottoman...

Convaincu de l’efficacité de son Élixir, le monarque s’en servait en cas de :

Contusions, en cataplasme
Blessure, en lotion et pansement
Pour "ressouder les os", en bandage
Pour améliorer la vision, en lotion diluée dans de l’eau
En bain fortifiant
En bain de pieds, chaque jour pour soulager ses pieds meurtris par les longues marche
En bain de siège – ne riez pas ! – le Roi chevauchant de 12 à 18 heures par jour
En gargarisme
Et surtout, il en buvait une cuillère matin et soir, chaque jour !

Les chroniques de l’époque rapportent que durant tout son règne, le Roi – et sa garde – ne se reposèrent jamais plus de quatre heures par nuit. Infatigable, il dormait par tous les temps à même le sol, sur la pierre gelée. Il se lavait, nu, chaque jour dans les lacs et les rivières glacés.

Le Roi Gustav II le Grand s’est montré toute sa vie d’une vitalité et d’une puissance hors du commun. Il mourut le 6 novembre 1632 à la bataille de Lützen, en Pologne, mortellement atteint par une balle de pistolet. Jusqu’au dernier moment, il demanda d’imprégner sa blessure avec l’Elixir du Suédois, le seul remède dans lequel il avait confiance...

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